• Violaine

Ma 4e semaine en Bolivie


Lundi matin, nous avions rendez-vous avec l’orphelinat de filles pour faire une autre demi-journée d’animation. Ce matin là, j’ai exploré le fait de ne pas stresser quand je suis en retard et c’était bien.

La demi-journée s’est super bien passée. Je ne l’ai pas vue passée. Les filles m’ont encore demandé de chanter et j’étais surprise de leur plaisir à m’écouter chanter. Je vais vraiment explorer cela et chercher des chansons avec de belles paroles.

D’autres enfants ont appris à jouer du hang. Ce n’est pas si simple d’acquérir le geste pour pouvoir en extraire un son. Il faut vraiment détendre la main et fouetter les touches en laissant la main rebondir sur elles. Mais certaines ont fini par y arriver. Ce n’est clairement pas le but d’apprendre à jouer du hang car elles ne reverront peut-être jamais cet instrument. J’ai essayé de les faire chanter aussi en leur disant qu’elles pouvaient se faire confiance, que personne n’allait juger ou critiquer. J’ai finalement réussi à dénouer leur timidité.

Une des jeunes filles m’a demandé de lui apprendre un chant en Français, alors j’en ai choisi un pas trop compliqué. Mon élève était assidue et motivée. Qu’est-ce qu’ils sont touchant ces enfants. Ils sont dans l’amour et ils comprennent bien des choses.


À la fin de la matinée, nous avons remercié la sœur Anne pour nous avoir permis d’entrer dans l’orphelinat. Elle nous a remercié également en nous disant que si nous n’étions pas bien à La Paz, nous pouvions revenir sans problème à Cochabamba. Ces moments d’au-revoir étaient touchant, il y avait beaucoup de légèreté, d’appréciation et de gratitude. Quelle belle énergie. Pas une seule fois, on nous a demandé si on croyait en Dieu. Lorsque nous avons demandé à la sœur de quelle congrégation elle était, elle n’a même pas voulu nous répondre. Ce sont les enfants qui nous ont dit, sur la demande de Sophie, qu’ils appartenaient à la congrégation Franciscaine du cœur de Jésus.

Ensuite, nous sommes rentrées ravies et nous avons mangé un petit plat typique que notre hôte nous a préparé. Nous nous sommes reposées un peu avant de repartir pour faire quelques courses. J’ai encore réfléchi à mon alimentation pendant ce temps de repos. J’ai constaté que j’avais encore trop mangé et que cela me fatiguait. Sophie a vraiment une façon différente de la mienne de s’alimenter et jusque là, je me suis laissée porter par sa façon de manger et par ma gourmandise. J’ai constaté que je mange souvent sans faim. Et je me suis dit que j’avais une superbe opportunité pour enfin savoir respecter les besoins de mon corps même si les gens autour de moi mangent différemment. Je ne vais pas la laisser filer et je vais utiliser ma facilité à communiquer avec mon corps pour lui demander ce dont il a besoin. : type de nourriture, jeûne, etc.

L’après midi, après la pluie, nous avons pris le bus pour aller au marché du centre ville. Dans le bus, Sophie a discuté avec les Boliviens et leur a demandé où nous devions descendre. Une petite dame nous a guidé jusqu’aux fruits et légumes. Elle nous a averti qu’il y avait des voleurs ici donc il fallait faire attention à nos sacs.

Ce marché est un étalage de petits marchants installés parterre ou sur des brouettes sur des kilomètres de rues. On y trouve de tout. Rien n’est ordonné mais tout fonctionne bien. Les trottoir sont irréguliers et pleins de nids de poule. Je devais porter attention à où je mettais mes pieds. J’étais un peu au radar mais j’ai quand même bien profité de l’énergie de ce marché. Sur la route du retour, nous nous sommes trompé de bus, nous avons pris le 212 qui va normalement chez nous mais en chemin, nous avons vu qu’il ne suivait pas le chemin habituel. Alors nous avons demandé des informations et en fait il y a le 212 rouge et le 212 bleu qui ne desservent pas les mêmes rues. On en découvre tous les jours. Nous avons facilement retrouvé notre chemin.

Le soir nous avons mangé de succulentes mangues et avons discuté avec notre hôte. Je jouais du hang en même temps, c’était sympa.

Ce soir là, j’étais vraiment motivée pour passer à autre chose en terme de comportement alimentaire car, si je veux disposer de toute mon énergie pour faire des actions de nettoyage énergétique, je dois respecter les besoins de mon corps et ne pas lui demander d’effort de digestion inutile. On va voir ce que cela donne.

Aujourd’hui, je me suis demandée si ça valait vraiment la peine de quitter Cochabamba car on a de superbes contacts et de quoi faire ici. Mais, il semble que nous ayons envie d’aller visiter d’autres horizons. Josée a dit que nous allions avoir des surprises alors, nous allons poursuivre notre exploration.

Mardi matin, j’ai médité un peu au sujet de mes troubles visuels et je suis allée un peu plus loin dans mon enquête. Ma vue se trouble également quand je parle des sujets qui me passionnent comme les templiers, l’alchimie, le fonctionnement de l’existence, l’énergie tellurique et je me suis demandé pourquoi. Est-ce seulement ma timidité qui émerge ? Pourquoi ma vue ne se trouble pas quand je parle de cuisine ou de permaculture ? La réponse qui est venue est qu’il y a, dans la mémoire familiale, un interdit d’aborder ces sujets là. Cela est dû à la nécessité de cacher ces aspects de la conscience sous peine de subir l’inquisition. C’est pourtant vieux l’inquisition mais la mémoire de ce traumatisme se fait encore sentir aujourd’hui dans de nombreuses familles et c’est souvent passé dans l’inconscient.

J’ai aussi eu l’information que j’avais des ancêtres Templiers du côté maternel et suite à l’abolition de cet ordre, le silence et la discrétion a dû être un mot d’ordre par souci de protection car je sais que cet ordre a continué dans d’autres pays et de manière très discrète en France. Tout cela est passionnant.

Après cela, j’ai donc informé chaque cellule de mon corps que nous n’étions plus au temps de l’inquisition et qu’aujourd’hui, il est temps de parler ouvertement de la conscience, de l’énergie subtile et plus généralement de tout ce qui n’est pas directement visible à nos yeux. Cela m’a fait du bien et j’ai aussi reçu un cadeau énergétique de ma grand-mère maternelle que je sens près de moi depuis bien longtemps. Elle était contente que ces secrets soient libérés et va pouvoir passer à autre chose.

Ensuite, nous nous sommes retrouvées avec Sophie. Nous avons mangé chacune ce dont nous avions besoin et nous avons discuté de notre prochaine destination. Le champs des possibles était vaste. Il n’y avait pas un endroit qui nous attirait plus qu’un autre. Que faire ? Rester à Cochabamba, monter encore, descendre, aller sur un endroit un peu touristique, aller dans un village dans lequel il ne semble rien y avoir ? De ce que nous trouvions sur internet, il n’y avait que des descriptions d’activité touristique, or, avec Sophie, ces trucs là ne nous intéressent pas. Nous n’avons fait aucun truc touristique depuis notre arrivée en Bolivie !

Finalement, on s’est dit qu’on allait aller dans un village où il n’y a rien pour les touristes et voir ce que nous allons y découvrir. Comme le choix était encore difficile, j’ai proposé de faire des petits papiers avec le nom de différentes localités qui nous intéressent et tirer au chapeau. J’ai tiré Colomi, le dernier village qui avait attiré mon attention. Sophie a tiré La Paz mais il ne semble pas approprié d’aller directement là à cause de l’altitude. Alors, nous avons choisi Colomi. C’est un village de 5000 habitants situé à 51 km de Cochabamba et près duquel il y a un lac. Nous allons bien voir ce que nous allons y trouver.

L’après midi, nous sommes allées à l’hôpital pour enfant de Cochabamba. C’était vraiment spécial. Le personnel de l’hôpital nous a accueilli les bras ouverts. Le gardien était d’une douceur impressionnante. Il nous a touché avec sa gentillesse et son ouverture. Jamais nous n’aurions pu rentrer comme cela dans un hôpital en Europe ou au Canada. Nous étions libres de circuler dans ce grand hôpital et nous nous sommes retrouvées dans le secteur maternité. Le personnel nous a dit d’aller dans les chambres mais c’était délicat d’entrer comme cela sans être introduit dans des chambres où se trouvent 6 à 8 femmes qui viennent d’accoucher. Je sentais que c’était super intrusif mais nous avons tenter le coup tout en douceur. Les femmes étaient surtout des indigènes et elles étaient surprises de voir des étrangers ici. Certaines croyaient qu’on faisait cela pour de l’argent. À deux reprises, nous sommes entrées dans une chambre après avoir demandé si les occupantes étaient d’accord. Au début, il n’y avait pas beaucoup d’enthousiasme mais la douceur de la musique du hang a créé une belle énergie dans les chambres et Sophie donnait des oiseaux en papier à celles qui nous regardaient. Elles ont toutes apprécié et nous ont remercié quand nous sommes parties. Ensuite nous sommes allées dans un service de chirurgie où il y avait des petits enfants qui avaient reçu une opération chirurgicale. Certains étaient très petits. Là, il y avait toujours une infirmière dans la chambre avec 8 enfants alités. Ici aussi ma musique a été très appréciée. Le personnel ainsi que certains parents qui venaient voir leur enfant dans l’horaire de visite ont apprécié ce moment de douceur. Ensuite la fin de l’horaire des visites approchait donc nous sommes retournées voir le gardien pour le remercier de l’accueil qu’il nous a fait. J’ai jouer un peu de hang pour lui et il était très content. Il nous a dit d’aller dans le service où il y a des enfants en chimiothérapie même si l’horaire des visites était dépassé. Il fallait changer de bâtiment et en chemin nous avons croisé une vieille dame qui était toute contente de rencontrer deux « gringitas » (petites blanches dans le sens affectueux du terme). Elle nous a saluées et nous a fait la bise. C’était touchant, car au-delà de ces quelques gestes et ces quelques mots, il y avait le cœur qui est difficile de retranscrire dans un texte.

Dans la salle de chimiothérapie, il y avait une dizaine d’enfants branchés à leur poche de produit chimique. Il y avait la télé et l’énergie était bien particulière. Sophie a donné quelques oiseaux en origami et j’ai joué du hang mais la télé couvrait le son de l’instrument. J’ai joué quand même car je savais que sur le plan subtil, l’énergie harmonisante était bien là. Toutefois, quand j’ai senti que c’était suffisant, nous ne nous sommes pas éternisées. Ni l’une ni l’autre ne sommes convaincues des bienfaits de la chimiothérapie. Ils injectent des produits qui tue la vie pour guérir les gens. Comment se satisfaire de cela ?

Après cela, nous sommes rentrées et avons passé une soirée tranquille, heureuse de notre journée.

Mercredi, jour du départ vers Colomi, nous avons pris notre temps. J’ai relu le récit de l’avant veille et écrit le récit de la veille, comme tous les matins puis, j’ai mangé et préparé mes affaires. Ensuite nous avons fait le ménage. Notre hôte était vraiment heureuse de nous avoir reçues. Elle nous a dit que nous pouvions revenir quand on voulait. Sophie a eu besoin d’accueillir une émotion ce matin là. Quelque chose qu’elle avait retenu la veille et qui lui avait donné mal à la tête. Nous savions que nous n’étions pas pressées car les mini vans partent toute la journée dès qu’ils sont pleins. Donc nous avions le temps de faire ce qui doit être fait.

Un taxi nous a conduit vers l’arrêt du mini van de Colomi. Puis le mini van nous a conduit à Colomi. Les prix des transport sont vraiment bas. Les paysages étaient beau, je pense que nous sommes montées encore en altitude. Encore plus intéressant que les paysages, il y avais l’échange entre nous qui me fait vraiment réfléchir, à l’heure où j’écris ce texte (le lendemain matin). Nous avons parlé du trafic d’enfants, bien réel ici car nous avons entendu une annonce à la radio à ce sujet quelques jours auparavant. Nous avons parlé des mines dans lesquelles des personnes travaillent dans des conditions inhumaine pour extraire les métaux nécessaires à la fabrication des ordinateurs, des téléphones, des bijoux, etc. On s’est dit qu’on allait aller là où il y a ces mines pour partager notre douce énergie et nous étions très enthousiastes à l’idée de faire cela. Mais au moment où j’écris, je me dit que je suis à côté de la plaque. S’il y a du trafic d’enfants et des mines, c’est parce qu’il y a une demande extérieure. J’ai l’impression que ma place est plus du côté de la demande. J’ai l’impression que c’est au gens stressés que je dois apporter de la douceur pour qu’ils aient moins besoin de consommer afin de compenser leur vide intérieur et leur divagation hors d’eux-même. Je me suis demandée pour qui je me prenais pour prétendre que les gens d’ici ont besoin de « ma lumière ». J’ai l’impression que c’est encore une dérive de la spiritualité « bling bling » qui croit qu’elle doit sauver le monde en accomplissant sa mission. J’ai vraiment envie de me nettoyer de ces schémas préhistoriques. Bon, j’y reviendrais. Je vais retourner au récit de notre arrivée à Colomi.

Une fois descendues du bus, nous avons demandé aux marchandes assises à côté où trouver un hébergement. Nous sommes allées au meilleur qu’elle nous ont recommandés. Une fois arrivées dans cet hébergement, nous avons eu l’impression de prendre les propriétaires en surprise. Ça avait l’air compliqué et la communication n’était pas claire. Nous avons pu visiter les chambres et avons vu que la douche n’était pas accessible. Nous sommes allées voir ailleurs en raison du problème de douche et en fait, les deux chambres que nous avons vu ici sont les plus belles que nous avons visitées et dans tous les hébergements de Colomi, les douches ne sont pas accessibles car le gaz est très cher et il y a sans doute des problèmes de gel ou autre dans les canalisations (il fait bien froid ici).

Je ne vais pas rentrer dans les détails car ce serait inutile mais nous avons attendu dehors pendant 2 heures avec nos bagages pour pouvoir accéder à d’autres chambres disponibles seulement un jour et sans douche. Nous avons trouvé une autre chambre pour rester un jour de plus mais celui-ci n’a pas de fenêtre.

Alors voila, cela m’a fait beaucoup réfléchir car, si j’avais été seule, je serais restée au premier hébergement car je peux me passer de douche et me laver au gant. Mais Sophie a du mal à se passer d’une douche car elle l’utilise davantage pour se laver énergétiquement que physiquement. Et j’ai observé, tout au long de cette recherche d’hébergement, deux mondes qui se font face. Chacun projette ses attentes et ses schémas sur l’autre et quand ceux-ci sont trop différents, la communication est difficile. J’ai observé que Sophie était mal à l’aise avec ce manque de communication et qu’elle l’a interprété sur le moment comme quelque chose de négatif ou de la malhonnêteté. Et puis moi, une fois de plus, je me suis aligné sur son ressenti donc son interprétation, ce qui est guère mieux. Dans ces circonstances là, je me coupe de mes ressentis car je suppose que l’autre est plus sensible donc il a raison. Il faut que j’arrête cela.

Le premier hébergeur avait peut-être la croyance que les occidentaux sont chiants et difficiles et son expérience a dû le lui confirmer ! Mais là, je fais des suppositions.

Pendant la sieste de Sophie, j’ai médité sur tout cela, et j’ai utilisé cette expérience et ce qui m’avait dérangé dans l’attitude de Sophie pour voir ce que je suis, puisque la vie est un jeu de miroir et tout ce que je projette sur l’autre ou ce que je reproche à l’autre, c’est moi. Donc, je me suis remise en question par rapport aux suppositions que je fais et que je projette sur les autres. Et c’est sûr que j’ai du progrès à faire dans ce sens là ! La prochaine fois que c’est si flagrant, peut-être que je m’en rendrais compte dans le vif de l’action.

Après ce moment de repos, nous sommes allées dans le village pour goûter un peu à sa douce énergie. Ici, les gens ne sont pas stressé et sont plus dans le moment présent. En fait, ils sont plus spirituels que nous, les occidentaux. Cela confirme encore que ce n’est pas forcement là que je suis le plus utile.

Il fait beaucoup plus froid ici et sans cuisine ni douche chaude, j’avais envie de manger quelque chose de chaud. Alors nous sommes allées dans le marché couvert et avons dîner copieusement pour 12 Bolivian (1€50). J’ai mangé une soupe locale sans prendre la viande qui a cuit dedans et Sophie, qui ne mange pas du tout de viande, a pris du riz avec quelques patates et des œufs.

On s’est régalées.

Ensuite nous avons répété quelques chants de Shimshai pour les chanter aux enfants. Puis je suis allée me coucher.

Cette journée me fait vraiment mijoter sur le sens de ma présence ici. J’en parlerai plus dans le récit de demain.

La journée de jeudi a été une sacrée journée ! Une journée dans laquelle j’ai fait face à de nombreux schémas de survie qui viennent perturber l’expression de ce que je ressens et de mes besoins.

Le matin, je me suis réveillée avec la tête pleine de questionnements, d’ailleurs je n’ai pas pu les retenir quand j’ai écrit mon récit de la veille. De nouveau, je remettais en cause le sens de ma présence ici avec Sophie. J’en avais mare de transporter ses affaires alors que de mon côté, je m’allégeais de tout ce dont je n’ai plus besoin. Je rêvais d’être de nouveau à Abadiânia, là où je sais que j’ai été bien. Tout ce qui s’était passé la veille tournait dans ma tête et je me disais que cela aurait été tellement plus simple de rester dans le premier hébergement que l’on a visité. Et je tournais dans tous les sens ce qui s’était passé pour comprendre et voir ce que cela me reflétait.

Quand Sophie est venue pour déjeuner, des mots plutôt tranchants sont sortis de ma bouche et j’ai essayé d’exprimer ce qui se passait dans ma tête, encore. Mais tout était brouillé, et c’est comme cela que ça a dû sortir aussi.

Quand Sophie est retournée dans sa chambre pour finir de ranger ses affaires (nous devions libérer les chambres pour 9h) j’ai vu qu’elle avait repris les affaires que je portais pour elle dans ma valise pour alléger son sac et j’ai senti la tension entre nous. Je suis allée lui reproposer de prendre quelques unes de ses affaires dans ma valise, mais elle m’a dit qu’elle préférait les porter elle-même. Cela m’a mis mal à l’aise. Je me suis demandée qu’est-ce que j’avais dit pour créer cela. Je ne savais pas trop quoi faire dans cette situation. Avec le recul, je vois que j’ai projeté sur elle que dans une telle situation, elle allait me rejeter car j’avais dit un truc qui ne fallait pas dire. Alors, je me suis mise en stratégie de fuite et de rejet de moi puisque c’est cela que, comme par automatisme, je croyais qu’elle voulait.

J’ai descendu mes bagages. J’ai quand même proposé à Sophie de l’aider pour descendre les siens puisque elle a des tendinites. Elle a accepté, ce qui m’a rassuré un peu puis elle m’a proposé de retourner au premier hébergement que l’on a visité puisque j’ai exprimé que c’était le meilleur de tout ceux qu’on a vu. Et là, j’ai dit que cela m’était égal. J’étais troublée par cette proposition car on avait dit à l’autre hébergement qu’on prenait la chambre le lendemain matin. Voila encore un schéma de survie : quand je dis quelque chose, je me crois enchaînée et je m’autorise rarement à changer d’avis. Je ne me suis donc pas autorisée à exprimer ma préférence et je ne savais plus ce que je voulais. Sophie a dit, à juste titre, que ce que je disais n’était pas clair. Et j’ai encore eu le réflexe de fuir alors qu’en discuter plus longuement aurait été préférable.

J’ai descendu les affaires à Sophie pour l’aider puis, comme elle ne voulait plus que je porte ses affaires dans ma valise ; j’avais exprimé que c’était pesant pour moi, et je ne l’ai peut-être pas fait de la manière la plus délicate qui soit, en tout cas, je n’avais pas encore saisi ce que cette gêne là me reflétait ; alors durant le trajet entre les deux hébergements, j’ai pris les devants pour ne pas qu’elle soit obligée de m’aider pour compenser ma vue. Après coup, j’ai compris que Sophie a pris cette attitude comme de l’empressement. Avec le recul, j’en ris, quel magnifique jeu d’interprétation et de projection !

Sophie avait laissé son sac dans l’autre hébergement pour les faire venir en taxi. Mais quand j’ai obtenu les clés de la nouvelle chambre et que je me suis installée, elle m’a informé qu’elle préférait se retirer car dans des situations où la communication n’est pas claire, c’est ce dont elle a besoin pour accueillir ses émotions. Au début, j’ai interprété cela comme une validation de ma projection de ma peur du rejet sur elle et aussitôt qu’elle est partie, j’ai commencé à méditer pour clarifier la situation dans ma tête.

Cela a pris du temps mais cela m’a fait du bien. J’ai vraiment l’habitude de me remettre en question et j’ai commencé par cela. J’ai pris, point par point, ce qui me dérange dans ma relation avec Sophie pour voir ce que cela me reflète. J’en suis arrivée à la conclusion que :

- si sa tendance à changer systématiquement les ampoules m’agace, car elle se sent mieux avec des ampoule à incandescence, c’est parce que moi, je ne m’autorise pas à changer quelque chose si je ne suis pas bien avec et je ne m’autorise pas à exprimer tous mes besoins ;

- si son hypersensibilité et l’accueil qu’elle en fait fini par m’agacer, c’est parce que moi, je ne m’autorise même pas à accueillir tout ce que je ressens et tous mes besoins ;

- si j’en ai mare de porter ses affaires dans ma valise alors que je veux me séparer de ce dont je n’ai plus besoin, c’est parce que, dans ma relation avec elle, je me désaxe pour m’aligner avec ce que je crois qu’elle attend de moi par peur du rejet et ça, c’est très lourd ;

- si son insistance sur le fait qu’elle ne se sent vraiment pas bien au Canada car les gens n’ont pas le cœur ouvert m’agace, c’est parce que je suis parti de France il y a 4 mois avec la même idée en tête et que ce n’est pas vrai pour moi, j’ai quelque chose à faire en France ; j’aime ce pays et son histoire et je me sens appelée à y retourner.

Alors je me suis donné un moment pour m’autoriser a accueillir ce dont j’ai besoin, indépendamment de ce que je crois que Sophie préférerait. Et là, ce qui est venu, c’est que le chemin le plus léger pour moi, dans cet instant, était de retourner au Brésil. Les 22 jours étaient passés depuis ma sortie du pays, j’avais donc le droit de retourner sur le sol Brésilien. D’un coup, je me sentais capable de me débrouiller toute seule pour retourner à Abadiânia en bus, pour demander les renseignements dont j’ai besoin et pour être autonome dans cette aventure. Wouah, cette perspective m’a allégée, pour la première fois depuis plusieurs semaines, j’ai senti à nouveau l’élan de mon cœur. Pour moi, c’était évident que c’était ce dont j’avais besoin. Je me suis remise à penser à ce que je ferai après et aux projets que j’avais, avant de venir en Bolivie. Je me suis dit, maintenant que j’ai conscientisé que, dans les relations humaines, je n’écoute plus mes besoins et mes ressentis car, par mécanisme de survie, je m’aligne sur ce que je crois que l’autre attend de moi, alors, c’est fini, ce schéma me paraît complètement absurde donc je le laisse aller et je pars sur un autre mode de fonctionnement plus respectueux de ma personne. Tout me validait cela, l’élan du cœur, le ressenti de légèreté et le clair ressenti.

Alors, j’ai regardé dans ma valise et j’ai vu que j’avais encore plein d’affaires à Sophie. J’ai tout trié et je me suis dit que ma priorité était de les lui rendre, pour pouvoir partir à Santa Cruz le lendemain matin.

Comme je n’avais aucune idée de où elle était, je suis restée à méditer longtemps dans l’après-midi en attendant qu’elle revienne. Je suis sortie un peu aussi pour aller acheter quelques fruits pour manger. En faisant cela, j’ai pris mes repères, j’ai demandé aux chauffeurs de bus pour Cochabamba s’il y avait un bus direct pour Santa Cruz à partir d’ici. Il m’a dit que non, il faudra donc que je retourne à Cochabamba pour prendre le bus de Santa Cruz. J’étais contente car j’ai vu que je me débrouillais bien.

L’après-midi a été très légère, je me sentais libérée. Je voyais bien que ce désir là était présent depuis le début mais j’ai résisté et ne l’ai pas accueilli pleinement. Je ne suis pas claire avec moi même depuis le début du lancement de l’idée du voyage avec Sophie. Depuis le début, je cherche à m’aligner sur ce que je projette sur elle et ici, à Colomi, (qui veut dire boue en langage locale) et bien je n’ai plus pu retenir la pression que je me mettais pour contenir mes vrais besoins. J’ai donc pris en pleine face mon manque de clarté avec moi-même et ma peur du rejet.

En fin d’après-midi, Sophie est revenue pour discuter. J’ai exprimé ce que cette situation m’avait appris et la décision que j’avais prise de retourner au Brésil. Sophie a exprimé un peu ce qu’elle avait vécu dans la journée et elle a dit être triste de ma décision. Elle m’a dit qu’elle aimerait dire ce qu’elle ressent à propos de ma décision mais elle ne voulait pas m’influencer et me désaxer donc elle préférait ne rien dire. Mais je l’ai encouragé à parler car mon but était d’être capable d’entendre ce que les autres vivent sans pour autant me désaxer. C’était donc une bonne occasion de voir si j’avais fait un changement. Comme j’insistais pour qu’elle s’exprime, alors elle l’a fait. Et elle m’a dit qu’elle sentait que c’était vraiment dommage que je parte à ce moment là car, nous avons le même problème, nous avons la volonté de le dépasser, nous avons toute deux du respect l’une pour l’autre et envie de communiquer et de s’entraider pour cela. Pour elle, c’était une opportunité en or qui était devant nous pour se transformer ensemble. J’ai écouté et de temps en temps j’ai exprimé des choses et elle m’a expliqué dans le détail ce qu’elle avait vécu ce matin. J’ai alors pu voir que toutes les projections que j’ai faites venait de moi et que ce n’était pas du tout ce qu’elle vivait. J’ai pu voir toutes les stratégies de survie que j’ai utilisé par réflexe pour ne pas souffrir. J’ai vu que le problème de fond est que je ne m’autorise pas à accueillir mes besoins, mes ressentis et que la plupart du temps, je ne les exprime pas. Dans mon enfance, j’ai dû vivre des situations dans lesquelles j’ai interprété que pour ma survie (pour avoir l’amour de mes parents et pour ne pas sentir la souffrance en lien avec toutes les misères que les médecins faisaient pour me guérir) il valait mieux que j’anesthésie ma sensibilité, que je n’exprime pas mes véritables besoins et que je sois comme ce que le monde attend de moi. Voilà quelque chose que je traîne depuis des années et qui me coupe de mes ressentis, qui perturbe considérablement ma communication avec le monde et qui me fait avoir peur d’être moi-même, de parler de ce qui me passionne. Je suis sans arrêt en train de filtrer ce que je communique à l’extérieur pour ne pas être jugée et rejetée. Quand je sens que cela tourne au vinaigre, une de mes stratégies favorites est la fuite. Et au fur à à mesure de notre discussion, je me rendais compte que mon envie de retourner au Brésil était une fuite mais que j’avais eu besoin de l’explorer pour m’alléger de la croyance que je ne suis pas capable de partir par moi-même et pour oser lui donner une place et l’exprimer à Sophie.

Plus on échangeait ce qu’on avait sur le cœur, plus c’était évident pour moi que cette fuite était en effet plus confortable car elle m’évitait de faire face à mes blocages, mais faire face à cela, c’est indispensable pour manifester tout ce que j’ai demandé à Abadiânia, toutes les intentions que j’ai posées, etc. j’ai donc accepté le défi qui se présentait à moi et j’ai enfin vraiment compris le sens de cette expérience. J’ai dit à Sophie que j’allais y réfléchir cette nuit seule à seule avec moi-même. On a ri et on s’est serrée dans les bras, pleines de gratitude l’une pour l’autre. On a mangé ensemble en célébrant cette étape dans notre voyage. On s’est donné rendez-vous, le lendemain, à l’arrêt des bus pour Cochabamba avec la liste de nos besoins respectifs. On a prévu de mettre en place, chaque jour, un temps d’écoute pour exprimer ce qui a été retenu pendant la journée. Ces moments sont cruciaux dans une relation. Je vois bien que j’ai pris l’habitude de gérer mes affaires seule et que la cohabitation me fait sortir de ma zone de confort. Mais j’ai vu que ce moment d’échange a magnifié toutes les prises de conscience que j’avais vécues seule et m’a permis d’aller beaucoup plus loin dans l’exploration de mon conditionnement. Merci à la vie.

J’ai ri de mes volte-faces et de mes troubles. En allant me coucher, j’étais certaine que quand je m’autoriserai à accueillir et exprimer clairement mes ressentis, mes émotions et mes besoins, alors j’y verrai clair et toutes mes stratégies de protection vis à vis de l’extérieur tomberont. L’enjeu est énorme alors, même si l’envie de fuite est encore un peu là cette nuit, je l’accueille, je lui donne une place mais je continue.

Merci Sophie.

Vendredi matin, je me suis levée de bonne heure et contente. Je sentais encore un peu l’envie de fuite mais je l’ai accueillie et je l’ai laissée être, même si je continue le voyage avec Sophie. Je me suis mise à écrire le récit de la veille avec le plus de transparence possible. J’y ai passé presque une heure et demi, et j’étais contente de ce que j’avais écrit. J’étais contente d’avoir mis la lumière sur tout ces mécanismes de survie qui apparaissent là où ma survie n’est pas en jeu. J’ai demandé de l’aide intérieurement pour accueillir et exprimer ce qui se passe en dedans afin de le laisser sortir.

Puis j’ai fermé mes bagages, j’ai rendu les clés et je suis partie rejoindre Sophie pour prendre le bus de Cochabamba.

Dans le bus, on a discuté et j’ai partagé les quelques prises de conscience qui m’étaient venues dans la nuit. D’abord, après l’expérience d’hier, nous doutions l’une et l’autre de nos outils de questionnement (clair ressenti, pendule, etc) Mais en fait, nous ne nous sommes pas trompées. Si mon ressenti m’a indiqué de partir, c’est parce que j’avais besoin d’accueillir et d’explorer cette possibilité. Ce matin, la réponse était de nouveau que c’était plus constructif pour moi de rester. La réponse obtenue à l’aide de ces outils est donc valable dans l’instant mais elle peut changer selon ce que l’on fait avec l’information obtenue. Ensuite, je me suis questionnée sur la sensibilité de Sophie. Elle dit qu’elle sent tout et qu’elle ne sait pas comment gérer cela. Elle ne peut pas accepter que ce soit tout des reflets d’elle-même. Mais de nombreux thérapeutes ou personnes travaillant dans le développement personnel lui ont dit que c’était tout des projections. Alors je me suis questionnée car j’aimerais comprendre aussi. Et ce qui est venu c’est que ce que nous percevons avec nos sens subtils, c’est comme ce que nous voyons avec nos sens physiques, ce n’est pas nous, ce sont les circonstances, c’est l’illusion. Mais ce que nous expérimentons à partir de ces perceptions physiques et subtiles, c’est notre reflet, ce sont nos projections, c’est notre réalité et c’est nous à 100 %. Sophie était heureuse d’entendre cela.

On a décidé de rester à Cochabamba jusqu’au 13 février, car nous devons faire renouveler nos visas 30 jours après notre arrivée pour avoir 30 jours de plus. Cela ne peut se faire que dans les grandes villes. Nous allons en profiter pour retourner dans les superbes lieux où nous sommes allées avant pour intervenir et donner de notre temps. Pour trouver un logement dans lequel on se sente bien, on a décidé de passer une nuit dans le premier qu’on trouve pour se donner le temps de chercher le logement idéal sans transporter nos bagages. Cela s’est très bien passé, j’ai fait mon maximum pour que les tendons douloureux de Sophie ne soient pas sollicités. Je me suis exprimée dés que nécessaire, sauf dans certains petit cas que j’ai réalisé ensuite. À un moment, j’ai fait une projection sur une question que Sophie me posait et je m’en suis rendue compte tout de suite. J’ai donc pu corriger et parler clairement. J’y ai vu clair la plupart du temps et je l’ai vraiment savouré. J’étais pleine de gratitude et d’appréciation de pouvoir voir les visages des gens, leur poser des questions en Espagnol quand nous avions besoin d’un renseignement. J’étais vraiment fière de moi, fière de ce que j’avais accueilli hier et heureuse du résultat physique : la clarté visuelle.

Après plusieurs visites, nous avons trouvé un logement dans une petite résidence avec une belle énergie. Les deux Argentins qui la tenaient étaient super sympa et très clairs dans leurs explications. Même si le prix dépassait un peu notre budget, nous avons choisi cette place là.

Quel régal, maintenant que ce point est réglé, nous allons pouvoir dormir tranquillement dans notre chambre puis déménager le lendemain matin. L’endroit où nous sommes se trouve dans une rue très passante et proche du grand marché de Cochabamba, il y a donc beaucoup de bruit mais ce n’est que pour une nuit. Le soir, malgré notre fatigue, nous avons quand même consacré un petit temps à de la co-écoute et c’était un exercice très intéressant. J’ai pu exprimer que, dans la journée, avant que l’on parte pour chercher un logement, quand Sophie m’a lu ce qu’elle avait écrit la veille sur le vif de l’émotion, j’ai aussi ressenti des émotions en comprenant ce qu’elle avait vécu et les projections qu’elle avait aussi faites sur moi. J’étais touchée qu’elle me partage cela, j’étais pleine de gratitude car cela me permet de voir ce qu’elle a perçu de moi. Cela m’a rappelé que quand quelqu’un se confie, le mieux est vraiment de se taire. Ce que je n’ai pas toujours fait ces derniers temps avec elle, car je réagissais sur des points qui me touchaient et ce que je lui disais, c’était moi qui avais besoin de l’entendre. Bref, cela m’a touché et je ne me suis pas autorisée à accueillir cela dans le moment. C’est le seul moment de la journée où ma vue s’est troublée un peu. J’étais vraiment heureuse de devenir plus consciente de ce qui se passe en moi quand ma vue se trouble. Cela me surmotive a continuer car ce symptôme va m’offrir un entraînement spécial pour ne plus faire de projection inconsciente et pour m’exprimer clairement. Je crois que ces deux points sont essentiels pour ce que je veux faire et offrir au monde. Alors, merci infiniment à ce symptôme qui est mon enseignant du moment. Il partira quand je n’aurai plus besoin de lui.

La vie physique est magique, merci.

Dans la nuit de vendredi à samedi, le bruit du marché n’a pas cessé. Toute la nuit, j’ai entendu des bruits de véhicules, des bruits de femmes qui font du commerce et des bruits d’épluchage. Dans la nuit, Sophie s’est levée pour voir à la fenêtre ce qui se passait. Le matin, elle m’a raconté qu’un énorme camion était venu décharger des centaines de sacs d’épis de maïs et que des gens en achetaient. En fait, le samedi est un jour où le marché est particulièrement grand donc, pendant la nuit, tous les produits arrivent des campagnes pour être sur les étalages le lendemain matin. Quel remue-ménage !

Le matin, nous avons pris notre temps pour nous préparer et nous avons profité du marché pour faire le plein de nourriture avant de déménager. J’ai laissé Sophie faire comme elle fait d’habitude et on a acheté plein de trucs. C’était l’abondance. Au bout d’un moment, j’ai quand même perçu ma peur d’acheter trop et de gaspiller, ma peur que ce soit trop lourd à porter et je ne m’autorisais plus vraiment à exprimer ce que j’avais envie d’acheter. Je ne l’ai pas vraiment accueilli dignement dans le moment mais je l’ai fait plus tard. Ensuite, nous avons trouvé un taxi pour notre gros déménagement. Puis nous avons pu nous installer dans nos nouveaux appartements. Wouah, qu’elle est belle cette chambre. Nous allons y être bien. Nous sommes dans la même chambre mais elle est grande et nous avons chacune notre espace avec plein de rangements. Le sol est en bois, il y a de grandes fenêtres et la salle de bain partagée est super propre et spacieuse. Wouah, nous avons jamais été aussi bien logé depuis notre arrivée en Bolivie. Ce logement nous coûte 880 bolivian chacune pour 11 nuits (125€). Je suis contente.

Nous nous sommes préparées un superbe repas abondant. Pendant la préparation, je me suis encore modérée car je voyais qu’on préparait beaucoup et j’avais peur que cela se perde. Encore une fois, je n’ai pas accueilli cette peur sur le moment mais je l’ai fait après. Ma vue n’était pas claire. Je me suis dit qu’il y a encore quelque chose qui me travaille et que je n’ai pas accueilli. Pendant la préparation de ce repas, je me suis retrouvée plusieurs fois à attendre que Sophie arrive. Je me suis rappelée que dans ma vie en général, j’attends très souvent les autres et cela me pèse. Mais je ne l’ai jamais exprimé : Attendre le train, le bus, attendre que l’on vienne me chercher en voiture (je n’ai pas le droit de conduire avec ma vue). Attendre que l’autre soit prêt… C’est à creuser, pour quoi c’est récurent dans ma vie ? Qu’est ce que cela me reflète ? Je méditerai la dessus. Un début de piste est que je ne me permet pas de faire attendre les autres car je déteste être en retard donc forcement, c’est moi qui attends.

Lors du repas, je l’ai exprimé à Sophie, sans le lui reprocher. Je lui ai dit que cette lassitude d’attendre n’est pas nouvelle et que c’est la première fois que j’en parle parce que c’est arrivé encore un peu pendant la préparation du repas. Ça faisait du bien de le dire.

Nous avons ensuite fait une petite sieste mais moi, je n’ai pas vraiment dormi. J’ai réfléchi intérieurement. Comme je sais que Sophie aurait préféré qu’on soit dans deux chambres séparées, je me suis interrogée sur comment faire pour que notre besoin d’intimité soit respecté. Et puis, tout au long de ce questionnement, j’ai repensé à l’expression des besoins. Sophie m’avait dit hier qu’elle n’arrivait pas à ne pas être hyper vigilante envers moi pour prévenir mon défaut de vision physique. Et moi, je me suis rendue compte que hier, j’avais été vigilante pour qu’elle ne porte pas des choses qui réveille ses tendinites sans vraiment savoir ce qu’elle peut faire et ne pas faire. J’en ai conclu que je n’exprime pas clairement mes besoins de compensation en lien avec ma vision et que du coup, j’essaye de prévenir les besoins des autres, vue que je projette sur eux que je dois deviner car il n’exprime pas non plus leurs besoins. C’est également ce qui se passe quand j’écoute quelqu’un qui se confie, je cherche des solutions intérieurement que je donne, alors que la personne n’a rien demandé. Bon, maintenant, je vais exprimer mes besoins et je vais écouter sans intervenir en ne parlant que si l’autre me le demande. Ce sera plus clair ainsi, pendant un temps, avant que je sois capable de discerner une envie de parler liée à mon égo et une vrai parole d’aiguillage intuitive.

Après la sieste, je suis allée voir mes e-mails car nous n’avions plus accès à internet depuis notre départ pour Colomi.

J’ai eu une belle surprise ! J’ai eu un beau message de ma mère et j’ai eu un message de Paypal qui me disait que j’avais reçu de l’argent. J’étais étonnée sur le moment puis je suis allée voir ça et j’ai vu que c’était un don d’un ami qui lit mes écrits toutes les semaines. J’étais touchée par ce geste et pleine de gratitude. Cela me confirme que je suis sur la bonne voie. Ce don arrive le jour où je m’installe dans un logement qui dépasse ma limite de budget. Ça, c’est une belle synchronicité. Merci à la vie.

Ensuite, nous avons initié un moment de co-écoute pour partager ce que nous avions sur le cœur. Sophie à commencé et a abordé les deux moments où elle se confiait et durant lesquels j’ai fait une erreur d’écoute en intervenant avec des « tu ». Elle m’a exprimé ce que cela lui avait fait et m’a rendu mes « tu » avec la méthode symbolique de Jacques Salomé. J’étais troublée mais aussi contente de cette opportunité de m’améliorer. Je n’ai pas vraiment pris le temps d’accueillir et d’exprimer ce trouble que je sentais en moi dans cette situation et mon trouble visuel a augmenté. Je crois que sur le moment, j’étais mal à l’aise pour enquêter sur ce point. Sophie a exprimé d’autres choses mais mon ressenti de mal-aise a passé, par contre il était dans mes yeux car ma vision était bien troublée.

Ensuite j’ai exprimé ce que j’ai ressenti dans le marché ce matin, ce que j’ai ressenti quand on faisait à manger et ce qui m’est venu pendant la sieste. Puis Sophie a reformulé ce qu’elle a entendu de ce que j’ai dit et à partagé son ressenti par rapport à cela. C’était intéressant d’avoir son senti car cela m’aide à laisser-aller mes peurs de gaspiller, mes peurs de perdre la nourriture, ma peur de déranger et toutes les raisons conditionnées qui font que je mange plus que ce que j’ai besoin. C’était vraiment un chouette moment. J’étais contente.

Puis après avoir mangé, j’ai voulu lire les documents sur le focussing, une technique d’écoute du corps, que Sophie m’a passés. Je voulais d’abord le lire seule pour avoir un aperçu d’ensemble puis en dicuter avec Sophie. Mais elle a dit qu’elle sentait que c’était mieux qu’on le lise ensemble pour que je comprenne bien de quoi il s’agit. Là, mon égo a réagit en disant que j’étais capable de comprendre toute seule mais je ne l’ai pas exprimé. Finalement, j’ai accepté sa proposition en lisant seule chaque chapitre avant de lui reformuler ce que j’avais compris afin qu’elle complète et précise certains points. En lisant, je me suis en effet aperçu que c’était un résumé de résumé, donc c’était facile de comprendre de travers. Elle avait donc raison d’insister pour m’accompagner dans cette lecture.

Un fois fini, elle est allée faire un tour dehors et moi, je continuais à penser et penser à tout ce qui s’était passé. J’en avait mare et avait envie que cela cesse. Je continuais de me justifier intérieurement par rapport aux paroles ou attitudes qui ont blessé Sophie. J’en avais mare de ça, je me disais « stop », occupe toi de ton côté de la relation. Mais ça continuait. Ça fait bien longtemps que mon égo ne s’est pas manifesté lourdement comme cela. Je me suis endormie, désolée de toutes les projections que je faisais encore sur Sophie.

Il doit bien y avoir un sens à tout cela. Peut être que la nuit portera conseil.

Dimanche matin, je me suis réveillée tôt et je suis repartie dans mes errances mentales. Puis j’ai repensé à mon mal-aise d’hier quand Sophie me rendait mes « tu ». J’ai identifié que mon égo cherchait toute sorte de raison pour se dire que ce n’était pas de sa faute et que les tords étaient partagés. J’ai reconnu dans ce mal-aise la peur d’être rejetée que je sens quand quelqu’un me dit que ce que j’ai dit l’a blessé. Comme si je voulais encore être parfaite pour être aimée et acceptée et dés que je réalise que je n’ai pas été parfaite, j’ai une peur qui monte, la peur d’être jugée et de ne plus être aimée. C’est cela que j’ai senti hier et bien des fois dans ma vie. Elle est encore là cette peur du rejet. Que faire ? Je l’ai accueillie et lui ai fait une place. Puis après cela, j’ai eu un flash et j’ai compris que mon égo a peur que je le rejette. Et c’est vrai que dans mes paroles, c’est cela qui se passe et que dans le monde spirituel, tout le monde veut le tuer. J’ai fait le lien avec la réconciliation que j’ai faite, 2 ans auparavant, avec mon mental. C’est la même chose. J’ai alors reconnu cela et j’ai parlé à mon égo pour lui dire que je l’aime et que je souhaite juste qu’il intervienne quand mon intégrité physique et énergétique est en jeu. Je souhaite qu’il puisse se reposer en le sollicitant que pour sa fonction : la survie. Cela a apaisé les choses en quelques minutes. Et après, j’ai reçu une intuition sur comment dire à Sophie quelque chose qui pourrait l’aider par rapport à ce qu’elle a vécu avec mes mots, ou plutôt les mots de mon égo. Mais là, ces mots n’étaient pas intrusifs, c’est juste une invitation au questionnement sans parti-pris. Je suis heureuse de cela… et soulagée aussi. Je fais la paix avec mon égo, comme je l’ai fait avec mon mental. Merci.

Après cela, je me suis rendormie un peu puis je me suis levée. Après avoir écrit le récit de la veille et mes prises de conscience de ce matin, je suis allée prendre une bonne douche pour poursuivre la transformation physique qui s’opère après chaque prise de conscience. Puis je suis allée prendre mon petit déjeuner alors que Sophie dormait encore. Dans le processus intérieur qui se déroulait là, j’étais encore un peu mal à l’aise vis à vis d’elle, et quand je suis remontée du petit déjeuner, elle m’a demandé ce qu’il y avait à manger et cela m’a fait sursauter. Une peur était encore là. C’est fou !

Donc, je me suis assise, j’ai pris une feuille de papier et j’ai écrit une lettre à mon égo. Dans cette lettre, je reconnaissais que les mécanismes de survie liés à la peur du rejet et à l’évitement de la souffrance étaient justifiés quand j’étais enfant mais que maintenant, ils ne l’étaient plus. Je l’ai déchargé de cette fonction là, je l’ai remercié et je lui ai redéfini le cadre de sa fonction : protéger mon intégrité physique et énergétique. Je lui ai dit qu’il était le meilleur pour cela et qu’il n’avait pas besoin d’en faire davantage. Ensuite j’ai fait des exercices de bonhommes-allumettes avec ma peur du rejet et avec ma peur de déranger. Puis, j’ai fait une synthèse écrite de tout ce qui s’est passé dans ma tête depuis hier soir. Dans cette synthèse, je me suis posée les questions que je voulais proposer à Sophie avec le jeu des « Est ce que c’est vraiment vrai que ... » :

- Est ce que c’est vraiment vrai que le rêve de ce monde ne peut m’affecter ? Réponse : Oui

Cette question est issue des paroles du mantra Suddhossi Buddhossi.

- Est ce que c’est vraiment vrai que quand je m’ouvre et mets mes tripes sur la tables, je suis vulnérable ? Réponse : Non

J’ai entendu à plusieurs reprises cette affirmation dans la bouche de Sophie et à chaque fois, cela sonnait faux dans ma tête. Du coup, j’ai testé deux variantes pour voir comment cela sonne.

- Est ce que c’est vraiment vrai que quand je m’ouvre et mets mes tripes sur la table, je me sens vulnérable ? Réponse Oui

- Est ce que c’est vraiment vrai que quand je m’ouvre et mets mes tripes sur la table, j’ai la croyance que je suis vulnérable ? Réponse OUI

Après ce moment d’écriture, j’ai joué du hang puis, quand Sophie est revenu de son petit déjeuner, j’ai proposé qu’on fasse un moment de co-écoute car j’avais besoin d’exprimer tout ce qui n’était pas sorti la veille.

Nous avons donc fait cela et j’ai exprimé ce que j’avais à dire avec beaucoup d’humour et de gestes parlant. J’ai terminé par lui faire part des quatre questions que je me suis posée en lui donnant les réponses que j’avais obtenues. J’ai ri et Sophie aussi. Elle était contente que je lui dise tout cela car elle aussi est très touchée par cette peur de perdre l’amour/ peur du rejet.

Cela m’a fait beaucoup de bien d’exprimer cela. Après, je me sentais toute douce et mon égo et mon mental s’étaient apaisés.

Puis nous avons décidé d’aller nous promener en rue pour faire nos choses : musique/origami. L’énergie était douce. Dans un parc, nous avons rencontré des voyageurs Argentins qui finançaient leur voyage en vendant leurs créations de macramé et autre. C’était une belle rencontre. Dans notre hébergement, il y a aussi plusieurs jeunes Argentins qui voyagent en faisant du volontariat et en vendant leurs créations. C’est inspirant et nous avons eu envie de nous essayer. En effet, dans cette ville, plusieurs personnes nous ont proposé de l’argent en échange d’un moment de musique ou d’un oiseau en origami. Nous n’avons pas toujours accepté mais cela veut dire que c’est possible de faire entrer de l’argent de la sorte.

Nous allons essayer.

Puis nous sommes allées manger dans un restaurant végétarien et nous nous sommes régalées. Le végétarianisme et encore très marginal ici. Dans la rue, tout ce qui se vend contient de la viande et dans les restaurants classiques, il y a peu de plats végétariens.

Ensuite, nous avons acheté quelques fruits et nous sommes rentrées. Sur notre chemin, nous nous sommes aperçues que l’hôpital des enfants était juste à côté de notre hébergement et aussi, nous avons croisé plein de chiens qui se sont laissés caresser avec grand plaisir. Durant cette promenade, l’idée de louer un appartement classique pour un mois ou deux a germer car cela coûtera bien moins cher pour le même confort. Il y a tant de choses à faire à Cochabamba en terme d’expérience humaine, d’entraide, et d’exploration de la possibilité de se faire un peu d’argent en rue. Oui, on va y penser. Cette ville, qui n’est pas du tout touristique, présente tout ce dont nous avons besoin en terme d’aventure humaine.

Une fois rentrées, nous avons vaqué à nos occupations. La communication était fluide et j’y voyais clair. C’était doux. J’ai encore révisé les chansons que nous voulons chanter dans la rue (la semilla et Suddhossi buddhossi de Shimshai) puis j’ai présenté les textes de « We are the word » et « Heal the world » à Sophie. Je lui ai parlé de Mickael Jackson et de mon ressenti par rapport à qui il est et toutes les conneries qui ont été dites sur son compte. Notamment le fait que dans mon ressenti, il n’a pas abusé des enfants, il a une énergie de guérisseur (plusieurs enfants, atteint de cancer en phase terminale et promis à la mort, qui ont passé plusieurs semaines avec lui dans son « Neverland » ont eu une rémission et ne sont pas morts), il a voulu passer de grands messages et il a réussi. Et bien Sophie, qui a des perceptions très fines m’a confirmé qu’elle sentait cela aussi et bien d’autres choses que j’ai senti moi aussi.

J’étais contente de lui faire découvrir cet homme sous un autre angle et elle était contente aussi de le découvrir ainsi. Elle a voulu que je lui montre d’autres chansons de lui avec de beaux messages. Je lui en ai montré deux autres (Man in the miroir et Earth song) mais il était tard alors les autres, je les lui montrerai une autre fois.

Merci à la vie pour cette semaine mouvementée mais très riche d’enseignement,s de clarté et de prises de conscience. C’est un cadeau inestimable pour moi d’être là. Maintenant que je l’ai compris, je le savoure à chaque instant et en profite pour faire un maximum de transformations.

#voyage #transformationdesoi

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